Noël étant à présent passé. J’espère que vous vous êtes gavés de bons livres photos. Car oui, après ce petit GSS que je vous avais concocté, vous n’avez aucune excuse. Il y en avait pour tous les goûts, et toutes les bourses. Néanmoins, si vous aviez déjà commandé au type à barbe blanche et veste rouge un jouet issue de cette sélection pléthorique en reflex ou en compact, il se peut que vous vous soyez retrouvés avec “seulement” un gros paquet sous le sapin.

J’ai donc pensé à vous mes chers Lensers. Car je vous ai trouvé un petit bijou, très abordable et qui émerveillera vos petits yeux assoiffés d’images.

Manhattan OutRaymond Depardon [Edition Steidl - 120 Pages]

Raymond Depardon n’en est bien sur pas à son premier livre. Il me semble dur de compter exactement le nombre de livre, pas mal de site Internet recense un autre chiffre. Je vais prendre le risque en annonçant son douzième livre. Ce qui fait de lui un réel acteur dans le domaine du livre photo. Peu de photographes se sont vus autant publié de livres, même à soixante-six ans.

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Depardon arrive à New York en 1980 où il accompagne une amie à lui. Son amie travaillant la journée, Raymond se retrouve seul avec son Leica à parcourir les immenses rues bondées de la grande pomme. Les Américains, leur cinéma, leur musique, ainsi que leur photographes l’impressionnaient réellement. Même la population l’intimidait.
De ce fait, il n’osait jamais porter l’appareil à son œil. Il déclenchait malgré ça, sans “viser”, pré-réglages effectués, courroie autour du cou, avec un rythme de 3 pellicules par jour qu’il ne développera qu’en rentrant à Paris quelques temps plus tard.



Il va de soit que, ces photographies n’ont pas l’impact esthétique habituelle d’une image classique bien cadrée, bien soignée, bien préparé. Même son auteur a détesté cette série la première fois qu’il l’a vu. Il lui trouvait tous les défauts que l’on peut reprocher à la photographie traditionnelle.

Mais, ces clichés n’ont rien de traditionnel. Ici règne une âme, une certaine présence dans ces œuvres, un voyeurisme très spontané. On est de suite dans l’action et la scène, tout est immersif. Les sons qui se produisaient à cet instant précis, la température, la vitesse de marche des personnes photographiées, le comportement des gens, tout est aisément imaginable et palpable. On peut observer à plusieurs reprises les sujets qui fixent l’objectif, il se déduit naturellement que pas mal de sujets avaient conscience d’être photographiés.


Vous l’aurez compris, cet ouvrage m’a conquis. De la vraie photo de rue pure et dure, avec une teinte délicieusement unique. Il est pourtant difficile d’émerveiller beaucoup de gens avec cet art terriblement ardu à maitriser. Beaucoup de photographe sont passés par là, et on a hélas régulièrement un goût de déjà-vu. Parfois inévitable. Mais pas avec cette œuvre, la démarche photographique en fait une pièce absolument rare de la photographie de rue. A posséder, même pour les étudiants sans-le-sou.

[Prix éditeur : 29,90€]