Aujourd’hui, un Hot Spot un peu particulier puisque nous n’allons pas vous conseiller un lieu spécifique mais une activité de plus en plus pratiquée : l’exploration urbaine (ou urbex)

Pour en causer, sh00, fondateur d’urbex.fr, s’est prêté au jeu des questions/réponses.

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Salut sh00! Pour commencer, peux-tu expliquer rapidement aux Lensers ce qu’est l’urbex et d’où vient ce mouvement?

L’exploration urbaine est l’art de se frayer un chemin dans des lieux abandonnés et interdits d’accès (friches industrielles, anciens hôpitaux, prisons… le choix est vaste!). Les variantes sont nombreuses : certains préfèrent la toiturophilie (exploration de toits et de grands édifices), d’autres la cataphilie (exploration souterraine) ou encore l’infiltration, que j’apprécie particulièrement. Cette dernière consiste à s’introduire dans des endroits actifs (par exemple des usines) mais reste de loin la plus risquée. Cependant, si vous parvenez à vous faufiler à l’intérieur d’un lieu sans éveiller l’attention, vous pourrez y rester des heures à y capter une atmosphère particulière, découvrir les vestiges d’une vie passée et avoir ce sentiment d’exaltation propre à l’exploration urbaine.

La plupart des explorateurs réalisent leurs clichés sous forme de reportage. Pour ma part, je cherche à leur donner une âme artistique. En tant que photographe, ce type de lieu m’offre souvent de belles possibilités de mise en scène.

Le mouvement urbex, âgé de quelques dizaines d’années, nous vient d’outre-Atlantique.

Comment est organisée l’urbex en France? Y a-t-il une communauté active et structurée? Des “stars” du milieu?

L’urbex est à la mode depuis quelques années et chaque pays compte des centaines de sites d’explorateurs urbains, agissant seuls ou en groupe. Des forums dédiés à cette pratique existent et certains connaissent un succès important. On y partage ses découvertes, discute de possibles projets et certains organisent même des rendez-vous pour de futures explorations!

Une « star » du milieu est Forbidden-Places, qui fait partie des sites les plus visités.

Quelles règles t’imposes-tu quand tu visites un spot?

Il y a deux règles que j’affectionne particulièrement.

La première concerne l’accès : en aucun cas il ne faut dégrader une vitre ou une clôture pour entrer dans le lieu en question. Des spots difficiles d’accès nécessitent parfois une certaine imagination!

La deuxième règle, qui me paraît tout aussi normale, est de laisser l’endroit tel que je l’ai trouvé, sans rien abîmer ni emporter. Il faut garder à l’esprit que d’autres personnes voudront peut-être en profiter après moi.

Les spots d’urbex sont souvent jalousement gardés, un peu comme les coins à champignon, ça tient à quoi?

Cela concerne principalement les lieux encore préservés des vandales ou des squatteurs. En effet, quand on déniche un endroit abandonné qui n’a subi aucune dégradation, on souhaite qu’il reste le plus longtemps possible dans cet état. Le risque lorsqu’on divulgue l’adresse d’un bon spot est de le mettre involontairement entre de mauvaises mains. De plus, en tant que photographe, je souhaite garder une certaine exclusivité sur les spots peu visités.

Quels sont les risques encourus? Est-ce juste une question de sécurité (risques de chute, squatters pas contents, etc…) ou y a-t-il aussi des risques légaux?

Etant donné le délabrement des bâtiments (sols, escaliers, toitures), les risques les plus fréquents sont en effet liés à la sécurité.

Il est également possible de tomber sur des squatteurs, il vaut donc mieux se montrer discret.

Un autre danger auquel on ne pense pas assez concerne les produits toxiques. On peut en trouver par exemple lorsqu’on visite une friche (amiante, gaz, liquides…).

D’un point de vue légal, les risques sont minimes si la pénétration du lieu s’est faite sans effraction. Les choses deviennent évidemment plus graves si l’on se fait pincer dans un endroit en activité et surveillé!

A noter qu’en cas d’accident dans une propriété privée où l’on est entré sans autorisation, il est fort probable de ne pas être couvert par son assurance.

Quels conseils donnerais-tu aux Lensers qui voudraient se lancer dans l’exploration?

Après les risques que je viens de citer, j’aimerais rappeler qu’il est déconseillé de pratiquer ce hobby souvent dangereux si l’on ne sait pas rester prudent et discret.

Il est préférable d’y aller accompagné, au cas où… (accident, mauvaises rencontres).

L’équipement est également important. Une bonne lampe vous sera toujours utile, du cordage si vous devez franchir un mur assez haut…

Pour terminer, une petite anecdote?

Une petite anecdote sur l’infiltration nocturne d’une usine chimique en activité classée Seveso II. Deux heures à vagabonder sur le site, à prendre des clichés avec plus ou moins de tranquilité et à jouer au chat et à la souris avec un technicien se déplaçant en camionnette. La meilleure scène : au détour d’un carrefour, le véhicule s’approche, obligeant mes collègues et moi à nous cacher derrière un petit arbre. La camionnette s’arrête, pleins phares sur l’abre. Dose d’adrénaline garantie!

Un gros merci d’avoir pris le temps de répondre à toutes ces questions!

(toutes les photos de cet article sont © 2007-2010 David de Rueda aka sh00)