Est-ce que la ville déshumanise au point que nous nous fondons dans le paysage urbain?

Dans sa très belle série Urban Factory, réalisée en 2007/2008, Stephanos Mangriotis photographie des passants à Londres et Paris. Et au milieu de ces grands espaces industrialisés, les humains deviennent d’étranges petites silhouettes.

Dans une grisaille typique de nos mégalopoles, sur des ponts qui laissent entrevoir gratte-ciel et bâtisses sans âme, les personnages avancent sans jamais se croiser, impassibles, anonymes, invisibles…

“Où vont ces gens? Pourquoi sont-ils pressés et stressés? Pourquoi regardent-ils le sol et non leur entourage? L’homme a crée la ville mais c’est la ville qui dicte son comportement.”

Le froid angoissant et la tristesse qui se dégagent de ces images sont évidemment volontaires. Une façon pour  le photographe de faire réfléchir le spectateur, de lui faire relever la tête.

Après ce point de vue critique sur les dérives de nos sociétés sur-urbanisées et froidement individualistes, retrouvons un peu de chaleur humaine avec cette autre série de Mangriotis, amorcée en 2008: Situations.

Des moments de la vie quotidienne, tout ce qu’il y a de plus banal – le sommeil, le repassage, la lecture, le repas… – à ceci près qu’ici, ils ont lieu en plein air. Et cela suffit à leur donner une allure cocasse et poétique.

Dormir dans un tunnel, bouquiner sur un tracteur…  Incongru, bien sûr. Mais au delà de la mise en scène burlesque, le photographe engage ici une réflexion originale sur les frontières qui séparent espace public et espace privé. La notion d’intimité est soudain dissolue et on se met à questionner nos interdits : que peut-on faire, et ne pas faire, en public?

Stephanos Mangriotis est un jeune photographe indépendant qui vit et travaille à Marseille. Il est co-fondateur du collectif engagé Dékadrage – dont nous reparlerons très bientôt…

+ Collectif Dékadrage (avec tous les portfolios de Stéphanos Mangriotis)