Lorsque beaucoup de photographes se couchent, Keffer se lève. Photographe noctambule et fasciné par la Nuit et le Noir, notre homme rapporte à travers des séries ses visions et ses portraits. Noirs, mais pas sombres.
Après avoir co-fondé le Collectif Divide avec moi, Keffer est parti de son côté explorer son art. Moins grande gueule et plus shooter, il se fait un nom depuis quelques mois. Rencontre avec un homme qui aime la Photo, le graphisme, la Nuit, le Noir.
Bonjour Keffer, tu vas devoir te plier au classique “présentes-toi”, puis “quel est ton cheminement en photo ?”
Rah ! Taquin, tu le connais ! Alors je me présente: Keffer. Vis et travaille sur Paris. Photographe la plupart du temps. Ancien directeur artistique et sans limite pour le reste, tant que ça me plaît, musique, installations, etc … 26 ans et une moustache.
Donc plutôt dans le graphisme, à l’origine.
Carrément, je suis venu sur Paris pour ça.
Et puis, tu as glissé du graphisme vers la photo ?
Oui mais sans vraiment y penser. Un truc naturel, sans prétention, achat d’un compact, d’un reflex, un autre reflex…
Justement, ce glissement naturel est intéressant, tant la photo et le graphisme étaient plus dissociés auparavant. Tu penses faire partie d’une génération qui passe d’un art à un autre, vu que ces derniers partagent désormais des outils en commun ?
La chance est que l’Outil est maintenant le même. Quand le photographe avait ses films, le graphiste avait son aérographe. Maintenant, tout est sur l’ordi, les appareils sont multifonction. Je fais du graphisme, de la photo, de la musique, de la vidéo sur mon ordinateur. Le matériel change un peu, l’approche aussi, mais rien de vraiment ultra technique. Donc oui, je suis de cette génération Internet, connaissances partagées et Savoir en ligne.
Et avec ce passif, penses-tu être arrivé à la photo avec des attentes, des avantages, des lacunes spécifiques au graphiste ?
Je ne pense être arrivé qu’avec des avantages. J’ai fait des choses bien, d’autres vraiment mauvaises au niveau du graphisme. Mais ça m’a donné l’expérience et surtout forgé encore plus mon oeil à la lumière, aux placements de choses, aux détails et donné le “pouvoir” de faire ce que je veux de mon image dans la retouche. C’est une force qui permet d’être indépendant par rapport à son travail. Je ne me vois pas faire une chose sans une démarche créative, sinon quel intérêt ?
Ce point est intéressant car il fait hurler les “puristes” d’un côté et semble naturel aux nouveaux photographes de l’autre. Tu penses que la photo dite d’art se fond de plus en plus dans une démarche globale de création visuelle, par rapport au lien historique entre photo et réalité ?
C’est une bonne question qui est en fait un débat hyper vaste. Je suis un grand fan de “la vraie vie, les vraies choses”. Les shootings en studio, les retouches qui changent le monde ou qui le truquent c’est pas ma vision.
Pourtant tes photos sont assez retravaillées, non ?
Non pas du tout. En tout cas, ça reste toujours dans le réel. Les gens sont les mêmes. Je ne retouche que très rarement les visages. Je ne fais pas de collage. Je ne prends pas un élément de là pour le mettre là.
Ok.Mais peut-être plus les fonds, les environnements.
Les environnements sont vrais. Je retouche la lumière et les couleurs, rarement plus, pour garder un truc authentique.
Je respecte énormément les gens qui font du “fake” par contre.
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Tu respectes les gens qui font du “fake”, c’est-à-dire ?
Quand je dis “fake” c’est loin d’être péjoratif. Des gens comme Khuong Nguyen, Ben Sandler, j’adore. C’est le genre de choses qui tiennent plus de l’imaginaire et donc ça donne des choses folles, mais plus du tout dans la réalité, où tout est assemblé mais pris séparément. Là on rejoint vraiment le graphisme. Moi je suis l’inverse de ça. Au final j’ai une approche plus argentique, à l’ancienne.
Je vois. Cette “danse” entre fake et réel, c’est une vision croissante de l’évolution artistique de la photo à ton avis ?
Avec plein de défauts, comparé aux images hyper propres et sans bavure des nouveaux photographes. J’ai l’impression qu’il y a deux mondes maintenant, qui ne sont pas si loin que ça et forcément celui qu’on voit le plus c’est le monde des images propres, lisses, belles. La pub fait ça et la pub, il y en a partout.
La fameuse “retouche à l’américaine” ?
Voilà.
Comme syndrôme ?
Syndrôme non, ce n’est pas une maladie en soi mais ça peut être assez pénible quand il n’y a pas de création derrière. Fort heureusement, je n’ai pas l’impression que ceux qui font de la retouche à foison, s’interdisent de faire l’inverse comme Vincent Dixon ou Jean Yves Lemoigne.
Et “l’autre” Photo qu’est-ce que c’est, du coup ?
L’autre photo c’est l’instant, le vrai, le non calculé, le moment. Ca n’empêche pas de réfléchir et de préparer un minimum mais ça reste dans une optique de vérité.
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Pour en revenir à ton style de photo on peut dire que ce dernier a évolué depuis tes débuts “officiels” avec Divide (ndLense : Le projet n’étant plus en ligne , il s’agit d’un lien vers une version archivée), mais qu’une constante évidente reste : le Noir. Quel rapport entretiens-tu avec ?
J’aime la Nuit avant le Noir. Mais j’aime le noir parce qu’il me permet de mettre en valeur des choses. Comme certains en studios avec des cyclos blancs, moi c’est le noir. Je me sens plus libre avec lui et j’aime la nuit donc je crois qu’on ne peut pas séparer les deux. Je trouve ça hyper inspirant et techniquement je me sens hyper à l’aise dedans. Le noir c’est noir, il n’y a pas vraiment de demi-mesure. C’est plus franc, je trouve que ça triche moins.
Cela me fait penser au style de peinture chinois qui dicte que le vide, le blanc, la zone non peinte est une invitation à la réflexion, au non-dit. A l’inverse de la peinture européenne qui doit “remplir” 100% du cadre. Cela te parle ?
Soulages en parlait aussi. Je suis d’accord avec ça. Je reste dans cette démarche de photos qui ont des zones vides pour mieux faire ressortir la seule chose qui compte.
On le voit dans tes photos, d’un point de vue narration, c’est très épuré : un sujet flagrant et fort, rarement “perturbé” par un autre élément.
Exactement. Les gens ne comprennent souvent pas pourquoi tant de vide autour, alors ils zooment au lieu de se reculer. Et je passe énormément de temps à le dire et à faire comprendre aux gens que non, cette photo doit être en double, comme ça, même si il y’a 70% de vide, sans rien.
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Mine de rien, tu n’es arrivé dans la photo que récemment. Si tu prends du recul sur ton évolution, penses-tu avoir atteint une certaine maturité dans ton style, ou sens-tu que tu as encore beaucoup de choses à expérimenter, apprendre ?
Oui ça ne fait pas longtemps. Et pour la maturité, j’espère vraiment que non. Arriver à maturité veut dire qu’on ne peut pas aller plus loin, mais rester sur le même plan ou redescendre. J’ai eu cette expérience avec le graphisme, qui a fini par me gonfler.
La Maturité, cela peut également signifier que l’on connaît son champ et que l’on a envie de se consacrer à le perfectionner… Une autre “ambition” dirons-nous.
Oui. En tout cas une chose est sûre c’est que j’ai un style à moi. Que j’ai forgé avec le temps, les rencontres. Et une chose est pratiquement sûre c’est que je ne vais pas faire de photo plein jour dès demain.
Hehe. “ARGH, de la lumière naturelle, je fonnnnds !“
Ahah ! Non j’adore la lumière naturelle, mais avec un rideau devant. En soi mon style a plein de variantes possibles : de près, de loin, à l’envers, dans l’eau, avec des humains, des animaux, des aliens… En tout cas, pour terminer là-dessus, je ne m’inspire plus énormément comme j’ai pu le faire au début; je fais mon truc seul. L’inspiration est devenue inconsciente. Alors peut-être que c’est ça la maturité : l’indépendance de style, la revendication d’une chose vraiment à soi, une ambiance unique.
Oui, la maturité c’est s’assumer. Pour terminer, vers quoi t’orientes-tu pour tes prochains travaux ?
Alors pour l’instant je suis dans une phase ou je travaille beaucoup pour des gens, et donc je tente de faire du Keffer mais en commande, ce qui n’est pas toujours simple. J’ai le projet Jour De Nuit que je veux terminer aussi, une 3éme partie sous la forme d’une redescente. Terminer aussi la série Paysage Noir.
Il y a plein de choses que je n’ai pas faites à Paris. Après j’ai une série en tête que je vais sûrement faire cet été, une série très néons, noire évidemment. Et une autre sur la psychologie, les pyromanes, les fous, les gens qui ont des tocs. Je fais suivant mes rencontres, rien de vraiment prévu sauf pour des clients. Et puis les voyages, pas mal pour terminer !
Interview : Lâm
Derush / Editing : Matyeu
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Découvrez les travaux de Keffer :
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15 commentaires
Ajouter le votrePrankster 11 juillet 2011 à 13:50h / Répondre
I love Black too…
Keffer, source d’inspiration depuis 2009.
Yeaho 11 juillet 2011 à 15:15h / Répondre
Les photos sont très belles et l’article est intéressant :D
Mais j’accroche pas trop aux photos “paysage noir”
Angespawn 11 juillet 2011 à 19:29h / Répondre
Je fais ma groupie : “J’adoooooore Keffer!”
namaste 11 juillet 2011 à 19:30h / Répondre
Je suis archifan de la troisieme !!
Rémi (rmx) 11 juillet 2011 à 21:09h / Répondre
Ce bon “vieux” Keffer : )
Lâm 12 July 2011/ à 12:38 heures
Il a changé :)
Keffer 2 April 2012/ à 20:43 heures
Ah bon ?
benoitjauffrion 12 juillet 2011 à 12:12h / Répondre
Les photos ont vraiment une personnalité et une atmosphère forte ! :)
Marinet 12 juillet 2011 à 12:50h / Répondre
chouette interview et très beau travail, surtout celles très noires, tour eiffel, louvre… très impressionnant !
Naive 12 juillet 2011 à 13:19h / Répondre
Ah, quelle découverte !
matyeu 12 juillet 2011 à 22:29h / Répondre
J’adore la première photo ! Celle de ce visage dans l’ombre.
HeroysaMonster 13 juillet 2011 à 12:06h / Répondre
C’est une très belle découverte, moi qui aime aussi beaucoup le noir, je suis ravis que quelqu’un l’utilise autant dans ses photos et en parle ainsi.
Gé 14 juillet 2011 à 03:28h / Répondre
Epic soiree, la 5eme.
Brob 1 décembre 2011 à 11:06h / Répondre
Des fois il coupe un peu trop les têtes, mais sinon j’adore son travail dans les diverses soirées qu’il shoote !!
Kround | hypocritedesign 8 mars 2012 à 07:10h / Répondre
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Moodkid 17 avril 2012 à 21:57h / Répondre
Je le connais pas, mais de part son itw, il a vraiment l’air de se la raconter…dommage