Fondée en 1881 par George Eastman, la légendaire société Kodak devrait voir l’anniversaire des ses 131 ans… Comme le dernier.

 

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Kodak est connue pour être l’un des précurseurs de la photographie argentique. Kodak est moins connue pour être… l’inventeur de la photo numérique en 1975. Une révolution qu’elle n’a pas su exploiter à l’aube du nouveau millénaire.

Gregori Volokhine, responsable du département actions de la maison de Bourse Meeschaert Capital Markets a d’ailleurs déclaré il y a quelques jours : “C’est un cas tragique d’une compagnie qui n’a pas pris le virage technologique quand elle aurait pu“, et d’ajouter “C’est eux qui ont inventé la photo numérique, mais ils n’y croyaient pas“, laissant place libre à la concurrence, principalement asiatique.

 


Un résumé des grandes dates pour la firme Kodak (dans la langue de Shakespeare)

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Le Wall Street journal indique que la société, qui emploie encore 19 000 personnes, se prépare à être placée sous la protection du chapitre 11 de la loi américaine sur les faillites d’ici le début du mois de février 2012, ce qui a précipité le titre au fond du trou avec une perte de 28%, plaçant le titre à 0,47 cent (en dollars). Depuis, le titre ne fait que s’écrouler et tombait vendredi dernier (le 06 décembre 2012) à 0,38 cent (soit moins de 30 centimes d’euro)…
Trois membres du conseil d’administration ont d’ailleurs démissionné au cours des deux dernières semaines. Cette situation vient du fait que depuis 2008, Kodak n’a enregistré aucuns profits et a vu ses liquidités fondre comme neige au soleil.


Quelques pellicules de la marque qui lui ont values sont succès

Pour éponger ses dettes et tenter de faire entrer des fonds dans ses caisses, Kodak s’apprêterait à vendre plus de 1000 de ses brevets dans le domaine de l’imagerie. Le problème vient du fait que les acheteurs potentiels de ces brevets risquent d’attendre que la faillite soit vraiment prononcée pour acheter ces dits brevets à moindres coûts. Au-delà du dépôt de bilan, c’est donc la survie elle-même de l’entreprise qui est mise en cause.


A gauche, George Eastman, fondateur de Kodak à la fin des années 1920, accompagné de Thomas Edison

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L’article du Wall Street Journal indiquait d’ailleurs cette vérité :

Quand une société commence à vendre sa propriété intellectuelle, (…), on sait que la fin est proche

Nous voyons ici l’une des erreurs les plus fatales d’une grande société : ne pas oser cannibaliser ses propres ventes. Aveuglés par le pic de profit atteint par le business des pellicules et de l’impression à la fin des années 90, Kodak voyait dans le numérique une évolution de la Photo qui allait mettre en danger son fond de commerce principal.
En un sens, c’est vrai, la première décennie des années 2000 a montré avec quelle vitesse le numérique à supplanté l’argentique. Mais Kodak aurait pu en être, avec sa reconnaissance et sa distribution mondiale. En restant sur l’argentique, en ne se mouillant que timidement dans le numérique, Kodak a creusé sa propre tombe.

 

Les inoubliables “Kodakettes” (source)

L’exemple inverse s’appelle Apple, qui n’a pas hésité à sortir l’iPhone en 2007, alors que l’iPod atteignait des chiffres records, puis l’iPad en 2010, en pleine iPhone mania. Pourquoi ? Pour créer une dynamique constante, des moteurs de croissance et de revenus qui fonctionnent en relai. Cette fable, certains grands constructeurs de la photo devraient la garder en tête, alors que la photo voit de nouveaux horizons (la Vidéo) et de nouvelles approches (les hybrides) venir la chambouler encore.

 

image : Andy Leonard

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+ Via

Update : Kodak vient d’annoncer attaquer en procès Apple et HTC pour des violations de brevets. Cette pratique, désormais courante aux Etats-Unis, permet à des sociétés de ne vivre uniquement des procès qu’elles intentent grâce à leur bouquet de brevets. L’acte de Kodak ressemble ici plus à une tentative désespérée de récupérer un peu d’argent.