Le service photo emblématique du web fête aujourd’hui ses 8 ans. Un anniversaire un peu triste, tant Flickr glisse inexorablement sur la mauvaise pente ces derniers mois : manque d’innovation, concurrents plus intéressants, virage vidéo manqué… Autant de raisons qui font penser que l’hébergeur favori des photographes va disparaître. Alors, devons-nous quitter Flickr ? Devons-nous le soutenir ? Analyses et réponses dans la suite.

Image : Flickraft

…………………………

Happy birthday Flickr !

Le service photo de Yahoo fait aujourd’hui figure d’historique du web et a largement accompagné l’essor de la photo numérique. Son service d’hébergement, ses systèmes de sets et d’albums, ses récompenses (parfois bien criardes), ses clubs, ses communautés, la popularisation de la licence Creative Commons, l’appellation “Beta”… Bref, un des symboles du web 2.0 Beaucoup de choses sont nés sur le site rose et bleu. Mais depuis quelques mois (années ?), rien ne va plus.

Flickr semble collectionner les défaites, sans arriver à marquer des points pour séduire encore ses millions de membres. On trouve même des initiatives de concurrents parlant clairement du “naufrage Flickr”. Alors, comment en est-on arrivés là ? Explications :

…………………………

1. La concurrence par le bas


Avec plus de 6 milliards de photo hébergées, Flickr est un géant du secteur. Mais un liliputien comparé à Facebook. Nous vous en parlions précédemment, le réseau social est devenu de loin le premier hébergeur de photos du monde. Souvent des images amateurs, des souvenirs de soirées, de vacances ou de famille. Ces images “de tous les jours” constituent l’immense majorité des photos hébergées sur le web et un énorme générateur de visites. Flickr aurait ainsi perdu plus de 20% de trafic depuis l’année dernière et la tendance ne devrait pas s’inverser, tant Facebook vampirise le marché de l’hébergement photo, désormais intégré au flux général. A noter également le succès de Google + chez certains anciens évangélistes de Flickr.

…………………………

2. La concurrence par le haut


De l’autre côté, la concurrence est également féroce. Sans doute émoussé par sa taille, Flickr a vu son “niveau” baisser, même si cela reste difficile à déterminer. L’effet de mode semble aussi jouer, mais les faits ne trompent pas : beaucoup de photographes professionnels ou avancés ont progressivement quitté Flickr pour d’autres plate-formes plus selects : le réseau Behance ne s’ouvre que sur invitation, attirant ainsi les créatifs ambitieux qui veulent “en être”. L’autre coqueluche du net ces derniers mois s’appelle 500px. Egalement originaire du Canada, ce site, relancé en 2009, a connu une ascension fulgurante : de 1000 membres à son lancement, 500px compte aujourd’hui plus de 100 000 membres et grossi très rapidement. Outre ses qualités intrinsèques (interface plus moderne, possibilité de portfolio), 500px tire sa force dans la qualité de sa communauté : la plupart des “power users” de flickr, plus sensibles aux effets de mode, sont passés chez 500px.

…………………………

3. La concurrence par le mobile


Autre marché largement manqué de Flickr : le mobile. Alors que le site compte une immense communauté de photographes et que l’appareil le plus utilisé depuis quelques mois est l’iPhone 4(S), flickr n’a jamais su créer des app destinés à router les millions de photos mobiles vers son site et ce, avec une plus-value utilisateur. Résultat, les gens utilisent Facebook (encore), mais aussi les clients Twitter pour partager leurs images depuis leur smartphone. Plus fort encore, un réseau d’image comme Instagram a pu exploser de nulle part, alors que son fonctionnement, filtres mis à part, est celui de Flickr : on upload des images que l’on soumet aux gens qui nous suivent, s’en suivent des commentaires, des récompenses etc.

…………………………

4. Le manque d’innovation

Image : Retrofutur

Plus généralement, Flickr n’a jamais vraiment évolué depuis sa version Gamma. Alors que Twitter, Facebook et autres sites communautaires ne cessent d’évoluer, de proposer, de changer les habitudes, on a l’impression en allant sur Flickr de revenir en 2005. Malgré quelques efforts, le site n’a jamais donné l’impression de maintenir une dynamique technologique ou ergonomique. Dans le milieu du web, cela ne pardonne pas. La vidéo en est un exemple flagrant : Saviez-vous que Flickr était également pensé pour la vidéo au départ ? En se concentrant sur la photo, ils ont laissé un géant comme Youtube émerger. Mais dans l’idée, Youtube et Flickr sont différents. Par contre, Vimeo… Lorsque Flickr a enfin décidé d’héberger des vidéo, les contraintes étaient d’un grotesque fini : 30 secondes, pas de HD, 150Mo maximum. Résultat ? La scène émergente des vidéastes est allée voir ailleurs, chez Vimeo en tête. En embrassant la révolution vidéo née en 2008, Flickr aurait pu redynamiser sa communauté et devenir le site de l’image en général par excellence.

…………………………

5. Une fuite de l’intérieur


Tous ces maux sont liés à un souci en interne. Dès 2008, le malaise était installé, avec le départ des deux fondateurs, Stewart Butterfield et Caterina Fake. La lettre de départ ne cachait rien du problème : quelque chose était pourri au royaume Flickr. Dans le sillage de Butterfield et Fake, de nombreux cerveaux de Flickr ont fui avec le temps : Matthew Rothenberg ou Jaisen Mathai, qui a carrément lancé Open Photo, un service concurrent. A ces départ spectaculaires se joignent de nombreux départs plus discrets. Yahoo étant en crise, un amaigrissement drastique de la masse salariale est opéré depuis quelques temps et Flickr en est l’une des principales victimes.

…………………………

Alors, Flickr est-il mort comme certains aiment le proclamer ? Non. Avec des millions de membres et une masse critique d’images hébergées, le site reste un incontournable du web photo. Mais le site vit une stagnation générale qui ne l’aide pas et pousse les membres les plus important à émigner vers de meilleurs pâturages : les “gros” photographes partent vers des réseaux plus modernes et qualitatifs, quand le grande public pense d’abord réseaux sociaux.

Dans cette optique, Flickr n’est pas mort, mais est en train de mourir. Il lui faudrait un sacré coup de fouet pour se relancer, mais rien n’est moins sûr : la maison mère Yahoo ne va pas bien et surtout, il existe une malédiction des start-ups rachetées par Yahoo. Cela commence à faire beaucoup pour conjurer le mauvais sort.

Et vous : êtes-vous membres de Flickr ? Actifs, passifs, anciens-actifs ? Utilisez-vous plus Facebook pour vous faire connaître ? Avez-vous testé Behance et 500px ? Et surtout, pensez-vous qu’il faut abandonner Flickr ? Nous aimerions bien lire votre avis.