Un an après la sortie du X100, Fuji a annoncé le X-Pro 1 : premier appareil compact à objectifs interchangeable de la marque. Look rétro, viseur hybride optique/électronique, et nouveau capteur CMOS 16Mpx, le X-Pro 1 présente sur le papier de gros arguments, spécialement qualité d’image. Toutefois, une question subsiste : à 1500€ boitier nu, le X-Pro 1 vaut-il vraiment le coût ? Réponse avec notre test maison, dans la suite de l’article.

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Petit retour en arrière : En septembre 2010, Fuji annonçait le X100 : appareil “compact” haut de gamme avec un style rétro assumé. Doté d’un capteur APS-C et d’un viseur hybride, le Fuji X100 a séduit de nombreux photographes malgré sa focale fixe de 35 mm. Et le succès commercial s’est vérifié.

Depuis, nous étions nombreux à rêver d’un Fuji X100 à objectifs interchangeables – et Fuji l’a fait. Annoncé au début de l’année, le Fuji X-Pro 1 reprend les grandes lignes du X100 et s’accompagne de trois optiques fixes : 18mm f/2.0, 35mm f/1.4 et un 60mm f/2.4.

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Le boitier du X-Pro 1 est légèrement plus grand que celui du X100. Il inclut un nouveau capteur CMOS maison de 16Mpx, dont l’agencement des photosites a été modifié afin de se passer de filtre passe-bas. Cette opération permettrait ainsi d’améliorer la sensibilité du capteur et la qualité des images. Ce nouveau capteur est conçu en concert avec les optiques Fujinon dédiées, ainsi que les nombreuses à venir. L’autre spécificité du X-Pro 1 par rapport aux autres appareils compacts à objectifs interchangeables réside dans son viseur hybride optique/électronique, hérité du X100.

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Prise en main

Le ramage se rapporte au plumage : Le Fuji X-Pro 1 est bien construit. La finition est exemplaire et les matériaux bien choisis dans l’ensemble. une petite protubérance sur le devant de l’appareil assure une bonne préhension. Je regrette que le matériau de cette poignée ne soit pas repris sur l’arrière du boitier. Pour ceux qui trouveraient cette poignée trop petite, un grip plus important est disponible en option.

Les commandes classiques sont bien disposées pour être accessibles rapidement et facilement. Sur la façade, nous retrouvons le sélecteur de mode de mise au point (S, C, M), la lumière d’assistance AF et un levier pour passer de la visée optique à la visée numérique.

A l’arrière sont positionnés les boutons AE-L/AF-L, un bouton Q permettant d’accéder rapidement aux réglages qui peuvent être ajuster avec la molette tandis que les menus et le mode macro sont accessibles avec le pavé directionnel. A gauche, se trouvent le bouton DRIVE qui permet de choisir les modes rafale, pano et vidéo et deux commandes pour régler la mesure d’exposition (AE) et la mise au point (AF). Trois autres boutons permettent de changer l’affichage du viseur, de l’écran LCD et de lire les images enregistrées.

Enfin sur le dessus, se trouvent le bouton de démarrage et de déclenchement, flanqué d’un bouton “Fn” customisable, d’une commande de correction de l’exposition et de la commande des vitesses. La position de ces molettes est discutable : Autant il arrive souvent de changer la correction d’exposition par erreur, autant la commande des vitesses est dure et difficile d’accès. Toutefois, ce n’est gênant que lorsqu’on est en priorité vitesse ou en manuel.

A noter que la molette de correction d’exposition est plus ferme que celle du X100. Les amateurs des X qui rageaient de voir elur valeur changés au moindre frottement apprécieront.

Vous noterez qu’il n’y a pas de commande PASM à proprement parler, même si ces modes sont disponibles. En réalité, les objectifs possèdent une bague de diaphragme marqué d’un A (pour automatique) de même que la commande des vitesses.

Lorsque les deux commandes sont sur la position A, l’appareil est en mode P. Si une seule des commandes est sur cette position, l’appareil est en priorité ouverture (A sur les vitesses) ou en priorité vitesse (A sur la bague de diaphragme). Enfin, lorsque les commandes sont sur d’autres valeurs l’appareil est en mode manuel.

Bien qu’assez surprenant au début c’est un bon moyen de réduire le nombre de commandes sur l’appareil.

Le Fuji X-Pro 1 intègre un viseur hybride optique/numérique, déjà présent dans le X100. Le viseur électronique se révèle de bonne qualité, comparable au Sony NEX-7 avec l’avantage de pouvoir passer en visée optique. Un problème de parallaxe peut cependant apparaitre avec le viseur optique (l’angle de vue ne correspond pas à celui de la photo). Fuji contourne le problème en affichant un cadre correspondant à la focale. Toutefois, l’Autofocus vous amènera souvent à recadrer après la mise au point… Bref, tout n’est pas encore parfait.

Maxime Stange, qui a également testé la bête, m’a fait remarqué que pour les gauchers, la diode de lecture/écriture sur la carte clignotera si jamais vous gardez l’oeil droit ouvert. Cette diode aurait pu être placée ailleurs pour éviter ces désagréments. Ce qui nous amène à l’un des points faibles du X Pro 1 :

Nous avons observé des délais dans l’enregistrement des images étonnamment longs, qui empêchent une visualisation (avec le bouton play) juste après la prise de vue. Ce désagrément est resté malgré l’utilisation de cartes mémoire rapide comme la SanDisk SDHC class 10. Un petit couac que nous espérons corrigé lors d’une prochaine mise à jour.

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Image et Autofocus

Tuons le suspense : Les images produites par le Fuji X-Pro 1 sont superbes. Le rendu des couleurs est juste, le piqué impressionnant et le moteur JPEG se montre efficace. Il est vraiment agréable de prendre des photos avec cet appareil. La qualité des optiques joue beaucoup : Tous les objectifs ont une ouverture inférieure à 2,8, de quoi bien détacher le sujet de la scène, même avec le grand angle. Les modes de scènes qui tentent de reproduire l’effet des films argentiques offrent des rendus agréables et réussis.

 

 

De plus l’appareil utilise pleinement la grande taille du capteur et sa structure unique (pour la gamme d’appareil) pour gérer les basss sensibilités de manière exceptionnelle. Jusqu’à 6400 ISO (valeur maximale en RAW), le bruit est quasiment absent. En JPEG à 25600 ISO, les images sont encore largement utilisables en usage web, malgré un léger virage magenta et  quelques détails estompés.

Nous avons clairement ici un nouveau champion des capteur APS-C, qui vient détrôner le 16MP du Sony NEX-5N !

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En revanche, tout n’est pas aussi parfait côté autofocus. Déjà critiqué dans le Fuji X100, le module dédié a été amélioré dans le X-Pro 1 pour le rendre plus rapide. Ce n’est malheureusement pas suffisant, notamment dans les conditions lumineuses difficiles où les meilleurs Micro 4/3 et NEX sèment notre Fuji. Dommage, pour un appareil qui voudrait devenir le roi de la street photography…

La rapidité de l’AF varie aussi beaucoup en fonction des optiques et du mode de visée. Nous avons trouvé l’autofocus plus performant en visée optique. En visée électronique, l’image n’est mise à jour qu’une fois le focus trouvé, ce qui devient vite énervant. Enfin, l’autofocus avec les optiques 18mm et 35mm n’est pas des plus rapides, mais il reste confortable. En revanche, on perd vite patience avec le 60mm macro. Sa longue course vous aura surement agacé avant que la mise au point ne soit faite, même si ce genre d’objectifs se veut “posé” dans son usage.

La lumière d’assistance AF n’est pas d’une grande aide non plus : très blanche et dure, elle a tendance à aveugler le sujet. Pire encore, en mode macro, le 60mm f/2.4 bloque la lumière d’assistance AF, ce qui limite fortement son intérêt.

Pour ceux qui espéraient se consoler avec le focus manuel, c’est raté aussi. Les bagues de mise au point des objectifs Fujinon fournis sont sans fin. On regrettera ici les objectifs Leica ou monture M qui permettent rapidement de passer d’un focus proche à l’hyperfocale d’un coup d’index. Fuji propose toutefois une assistance à la mise au point manuel : en appuyant sur le bouton AE/AF, l’appareil prend la main pour faire la mise au point, qu’il est possible d’ajuster ensuite avec la bague sur l’objectif.

Fuji propose également un zoom numérique qui s’assure de la mise au point (dans le viseur électronique ou l’écran). Cette assistance n’est qu’une demi-solution puisqu’il devient difficile d’ajuster le cadrage ensuite. Un zoom en encart (picture-in-picture) comme on le retrouve sur certains Panasonic serait préférable ou mieux encore un picking mode comme sur les Sony NEX, référence en la matière.

Sans faute pour l’image, assurément. Quant au focus : décevant, peut mieux faire. Bilan mitigé pour un appareil qui se veut dédié à la street-photography.

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Vidéo

Le Fuji X-Pro 1 propose une mode vidéo en Full HD 1080p @ 24fps en stéréo. L’appareil ne permet pas de modifier l’ouverture ou les ISO en cours d’enregistrement. Il n’est pas non plus possible d’enregistrer le son à l’aide d’un micro externe. Le mode vidéo est donc présent uniquement pour dépanner. Après tout, ce n’est pas ce qu’on lui demande, même si tous ces contrôles apparents sentent un peu le gâchis. Fuji avait de quoi étoffer sans effort ce secteur !

Point positif : on bénéficie de la qualité d’images de l’appareil, évidemment.

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Bilan

Après quelques jours d’utilisation, le Fuji X-Pro 1 se présente comme un très bon appareil, capable de produire de superbes images. Le boitier est relativement gros, mais léger et bien construit. Globalement l’ergonomie bien pensée malgré la commande des vitesses décevante.

Les optiques développées par Fuji sont de très bonne facture et en cohérence parfaite avec cet appareil, quelques soient les intentions du photographe :  paysages (18mm), portrait (35 et 60mm) ou encore macro (60mm). D’autres optiques seront disponibles dans l’année et en 2013.

L’essentiel de ce X-Pro 1 réside enfin dans son capteur, qui fait plus qu’honneur à la marque : c’est la nouvelle référence du marché. Sa sensibilité est sans égale tous appareils APS-C confondus et les couleurs sont extrêmement bien respectées. En revanche, l’autofocus vient ternir ce tableau presque parfait, en espérant que des mises à jour de firmware viennent corriger ce problème. Quant au mode vidéo, gardez en tête qu’il est accessoire.

Comparaison Fuji X-Pro 1 - Leica M8

Crédit : DPReview

Toutefois, une ombre plane sur ce bilan positif : le prix. Avec un boitier nu à 1500€ environ, comptez 2300€ pour le kit avec un (1) objectif. Et son concurrent le plus “naturel”  coûte 1200 euros : le Sony NEX-7, même s’il offre une approche différente (plus couteau suisse numérique), se trouve dans le haut de gamme hybride. Alors, qualité d’image et gestion du bruit, ou performances musclées ?

Nous vous produirons un comparatif plus détaillé par la suite entre ces deux rois des hybrides. En attendant, le X-Pro 1 se révèle à la hauteur de nos attentes en terme de construction et de qualité d’image. C’est un appareil photo beau et performant, qui ne pêche principalement que par son Autofocus vraiment à la traîne et des aides au Manual Focus vraiment limitées.

A plus de 2000 euros la configuration de base, vous devez bien savoir ce que vous achetez si vous faîtes le saut : un appareil très attachant, très performant, mais perfectible sur certains points. Pour nous, la qualité et le plaisir l’emportent sur les quelques frustrations.

  • + La qualité d’image
  • +La gamme d’objectifs à grande ouverture disponible
  • +L’ergonomie
  • +Le réglage du diaphragme sur l’objectif.
  • -Le prix
  • -L’autofocus
  • -Le mode vidéo un peu léger
  • -La bague AF infinie