Instigateur du partage de photo et du stockage en masse, Flickr arrive en 2004 comme le challenger rêvée pour négocier le passage au social 2.0. Seulement une idylle malheureuse avec Yahoo, puis une vision très différente de l’outil, dégraderont rapidement les efforts communs des deux géants. Le site Gizmodo en fait le récit.

Photo : Gizmodo

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Développé par Stewart Butterfield et Caterina Fake, Flickr a rapidement comblé une place vacante sur internet : la possibilité de partager librement ses photos en ligne, à une époque dépourvue de cette facilité très 2.0, loin de la démocratisation des espaces de stockage explosant en nombre de giga offerts à l’usager.

Nous vous en parlions il y a quelques mois, le huitième anniversaire de Flickr annonçait la lente mort du concept, dépassé de toutes parts par des concurrents plus enclins au social (Facebook, Instagram) et rongé de l’intérieur par ces propres démons. Et deux visions diamétralement opposées : celle de la petite startup pensant innovation sur le long terme, celle de la grosse usine à gaz pensant intégration à son propre système.

Si nous parlions du point de vue du photographe, Gizmodo revient en détails sur l’histoire de cette longue descente aux enfers, avec moult détails et citations. Nous nous sommes permis d’en traduire et synthétiser l’essentiel, en vous conseillant vivement de lire l’article en intégralité.

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1. Un problème de compréhension globale du service et de l’utilisateur

Flickr était parti pour être la plate-forme tournée vers le site de partage se muant en réseau social majeur. Les graines de ce futur possible était inscrites au coeur du site, bien avant le site bleu et blanc de Zuckerberg. Par ses options d’identification des relations entre les usagers (très proche du tag actuel sur Facebook), des relations entretenus entre usagers et la privatisation des photos postés visibles à certaines personnes : tout ceci contribuait à un certain dynamisme, dans les commentaires, les partages de photos. Les prémices de l’internet 2.0 huit auparavant, social et participatif.

L’esprit scientifique était là pourtant, prolifique dans sa façon d’entretenir son réseau et de penser à l’usager. Ce qui n’était clairement pas l’intention de Yahoo lors du rachat, voulant disposer avant tout d’une base de donnée. La vérité ? Flickr n’a pas été acheté pour développer sa communauté mais pour sa valeur marchande, non pas pour rendre l’image sociable et sociale, non pour la monétiser. Yahoo, dans sa logique de rachats en masse de concepts forts, ne pense qu’à intégrer ces acquisitions sous son portail, et non à les développer et prendre le meilleur de chacun, laissant complètement de côté les usagers natifs de Flickr.

Difficile alors pour Flickr de voir son bébé malmener ainsi, entrer dans une spirale pour engranger des capitaux sans avoir une vraie main mise sur le potentiel de la bête. Pire, l’équipe ne pouvait concentrer ses efforts sur l’innovation, uniquement sur l’intégration sur Yahoo, et comme ces efforts coutent temps et argent, aucun espace n’était disponible pour rendre Flickr plus attractif, pour attirer plus de personnes, gagner plus de sous. Un schéma sans fin qui aura raison de Caterina Fake, l’un des membres fondateurs, qui laisse tomber en 2008.

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2. Passer à côté des choses simples, évidentes

Dans son idée fixe d’intégrer de force Flickr à son réseau existant, Yahoo met tout l’aspect pratique et social de côté, ne pensant qu’au leadership sur le marché. En d’autres termes, ne pensant qu’à détrôner l’indétrônable Google.

L’idée de Jerry Yang et David Filo (fondateur de Yahoo) est simple : investir dans de nombreuses application attractives, censés renforcer la marque et lui permettre d’atteindre le géant en terme d’applications. Problème, Yahoo n’a pas compris les erreurs faites avec Flickr dès 2004, l’erreur monumental de verrouiller des esprits créatifs, les têtes pensantes derrière des concepts au potentiel fort. Dans cette rivalité avec Google, Yahoo perd beaucoup : le créneau du réseau social laissé vacant toutes ces années. Yahoo ne profitera pas de son avance en terme de partage de photos et laisse le champ libre à un Facebook encore balbutiant et ne comble pas le créneau de la vidéo en se plantant complètement sur ce créneau pour laisser Youtube devenir le souverain incontesté.

Yahoo préfére par exemple forcer les utilisateurs de Flickr à créer un compte Yahoo pour continuer à se servir de Flickr. Dans l’harmonisation de son système, Yahoo perd encore plus les utilisateurs natifs de Flickr, les forçant à passer par un système qui ne leur apporte rien, ni à eux, ni aux nouveaux utilisateurs arrivés en masse grâce à cette idée. L’idée d’une communauté active et participative passe complètement à côté du duo Yang et Filo, préférant favoriser une approche grossière et clairement anti-sociale.

Flickr et Yahoo ont perdu un temps affolant à essayer de se comprendre, de s’apprivoiser. Ne pas saisir sa chance, voilà le point faible de Yahoo, et voilà le fossé vacant que Facebook et Instagram s’est empressé de remplir.

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3. Le virage du mobile, loupé

Avec vous essayer de télécharger l’application Flickr ? N’essayez pas, elle est imbuvable. Placé en 64 ème position dans le top des applications photo gratuites, l’association Yahoo/Flickr est également passé à côté de cet aspect moderne des choses, alors que, ironie du sort, l’iPhone est l’appareil le plus utilisé par les utilisateurs sur Flickr.

Flickr ne pouvait développer la sienne car entrant en conflit d’intérêt avec Yahoo Mobile et sa tête pensante Marco Boerries. Pieds et poings liés pendant un long moment, l’application sort finalement en septembre 2009 et connaît un échec cuisant. Lente, peu pratique, obligeant d’uploader ses photos une par une au format 450 x 600 et extirpait tous les données EXIF au moment de l’upload. Le comble : l’essence même de Flickr (partage et stockage) a complètement disparu.

Puis vint Instagram, vous connaissez la suite.

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Flickr et sa nouvelle version peuvent-il survivre ? Face à une concurrence aussi bien installée, aussi bien campée sur les réseaux sociaux que sur les systèmes de stockage, cela semble peine perdue. Les idées étaient là, mortes dans l’oeuf, la faute à un symptôme classique : celui de la grosse compagnie avalant la petite sans tenir compte de ses origines, de son ADN, de sa communauté. La team Flickr peut se ronger les doigts, forcer qu’elle était de tourner en rond autour d’aspects purement techniques au lieu de voir plus loin, de réfléchir sur le long terme et de s’épanouir.

On retient une belle histoire, un lointain passage à la quête d’un système de stockage toujours plus performant. Une parenthèse nostalgique qui doit se réinventer totalement pour revenir. Il faudrait pour cela que Yahoo apprenne à laisse tomber, à laisser Flickr reprendre son destin en main.

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+ L’article de Gizmodo

+ Notre article sur la mort de Flickr