Canon lance sa plate-forme photo. Nous allons couper court au suspense : c’est une mauvaise offre. Et  nous allons en profiter pour vous expliquer pourquoi les constructeurs photo devraient plutôt se concentrer à produire des appareils photo et non des réseaux photo.

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[note : cette tribune reflète les avis et réflexions de son auteur, sans engager le site Lense.Fr]

Hier, après 2 ans de phase beta, Canon a annoncé publiquement Irista, son réseau photo. Allons-nous nous étendre sur ce produit censé concurrencer Flickr, Google + et autres 500px ? Pas vraiment. Pour résumer, il est incomplet (pas de mobile, d’options de partage avancées), cher (110€ par an pour 100Go) et déjà dépassé sur bien des points (pas de vidéo…).

LA FAUSSE BONNE IDEE

Ce qui nous intéresse plus ici, c’est cette manie, voire ce fantasme des constructeurs à lancer ce genre de service. Sur le papier, les arguments sont nombreux. On ajoute un service à ses appareils, une valeur ajoutée à son offre, un outil de fidélisation, une incursion dans ce monde si excitant du communautaire et du réseau social.

Résultat, Nikon ou Panasonic par le passé, Canon aujourd’hui voire Leica demain, possèdent leur plate-forme photo maison. Problème, aucune n’a fonctionné jusqu’à aujourd’hui, pour des arguments tout aussi évidents : solution dépassée dès son lancement, focus sur le public flou et surtout, surtout, un délit de sale gueule : aussi ouverts soient-ils, ces réseaux sont pieds et poings liés à la marque qui les a construits. Personne ne veut s’investir sur un réseau photo Canon s’il possède du matériel d’une autre marque.

FAIRE PAREIL, C’EST DEJA FAIRE MOINS BIEN

Irista souffre de tous ces manquements : en testant cette plate-forme, on ressent immédiatement un manque d’innovation et pire, des lacunes flagrantes (pas de mobile, pas d’apis, peu de partages, des tarifs hors du coup etc.) C’est le syndrôme du “nous aussi on peut le faire”. Il suffit de regarder Flickr et de répliquer sa structure ? Bien sûr. Problème, cela prend des années pour développer une copie simplement correcte. Et quelques années en âge web, c’est une éternité, surtout quand la concurrence avance elle à un rythme autrement plus effréné.

Autre point largement sous-estimé par les nouveaux venus : l’investissement. Comment convaincre des photographes de recréer toute leur photothèque et ramener tout leur réseau sur encore un autre réseau photo ? C’est déjà difficile avec un bon produit, alors avec un produit inférieur, vous imaginez rapidement le résultat.

Et pour enfoncer le clou, nous savons tous qu’un produit web ne possède que quelques semaines pour séduire. Lors de nos discussions post présentation avec Canon Europe et Canon France, la plupart des réponses à nos critiques et demandes se résumaient à “nous y pensons pour la suite, nous y travaillons.” Problème, si un utilisateur est déçu par son premier contact avec un réseau social, ses chances d’y revenir sont proches du néant : trop d’alternatives et de leaders sont disponibles, trop peu de temps libre est disponible pour s’investir dans un challenger. C’est l’ultime leçon à apprendre, même dans la douleur.

Sans vision forte et sans approche révolutionnaire, les Irista et autres MyNClub sont des coups d’épée dans l’eau, des initiatives condamnées dès le premier feu vert. Mais existe-t-il des cas inverses ? Tout à fait, avec des rachats.

DE L’INTERET DE L’AQUI-HIRE

Dans le monde des hautes technologies et des start ups, les rachats sont légion. Ils relèvent de plusieurs critères, mais deux ressortent particulièrement : racheter directement une entreprise permet d’accélérer l’occupation sur le marché et permet surtout d’acquérir une équipe experte et spécialisée. C’est ce que l’on appelle le aqui-hiring : on achète un produit, mais surtout l’équipe derrière. De cette manière, des géants comme Facebook, Google ou Apple peuvent attaquer un secteur concurrentiel sans perdre de temps sur la vision ou la production. Au prix fort, mais avec au moins la possibilité de réussir.

Cette stratégie très en vogue nécessite cependant des prérequis : une réserve de cash et d’action très forte et fluctuante et un état d’esprit basé sur le changement, ce qui balaie de possibles révolutions internes. Des caractéristiques qu’aucun grand constructeur photo ne possède actuellement – les entreprises japonaises étant animées par des organigrammes et une culture presque inverses à celle des start-ups occidentales.

Retour à Irista. Nous espérons que cette initiative montre à Canon et aux autres constructeurs du marché que les nouveaux terrains de jeu liés à la photo et à la vidéo sont glissants, changeants et surtout, ils disposent d’une longueur d’avance. Alors chers constructeurs photo, rassemblez vos ressources et développez-nous des produits innovants.

Pour le reste, il y a Flickr, Instagram, Google +, 500px et autres. Et si l’idée de développer des appareils photo venait à l’esprit des plates-formes photo, nous aurions les mêmes arguments à leur encontre : ne vous dispersez pas.