Login
Adresse email
Mot de passe
Confirmez votre Mot de passe

Lense

Révisons nos classiques : Henri Cartier-Bresson

La photographie est un art aussi populaire qu’anonyme : très peu de photographes sont connus du grand public, et même des amateurs de photo. Pour y remédier, nous vous proposons une nouvelle rubrique, « Révisons nos classiques ». De manière claire et ludique, elle vous permettra de découvrir ou réviser vos classiques.

Pour ce premier numéro, commençons avec celui qui fut surnommé “l’oeil du siècle” : le magistral Henri Cartier-Bresson.

Dimanche sur les bords de Marne, 1938

…………………………

Si on vous dit son nom, vous pensez:

  • Agence Magnum
  • Noir et blanc
  • Photojournalisme
  • Photo d’art
  • Capa. Leica. Fondation
  • “L’Instant décisif”

Et aussi : Un homme sautant au-dessus d’une flaque. Les premiers congés payés sur les bords de Marne. Des portraits, des foules, des événements historiques.

USA. New Jersey. 1975. Prison de Leesbury. Salle de confinement.

…………………………

Bien. Tout cela est juste. Profitons-en pour compléter un peu…

(Photographier) c’est mettre sur la même ligne de mire la tête, l’œil et le cœur. C’est une façon de vivre.

Né en 1908 et disparu en 2004, HBC a traversé le siècle en en offrant un témoignage d’une richesse unique. Cofondateur en 47 de l’agence Magnum avec Robert Capa, David Seymour, William Vandivert et George Rodger, il a été à la fois un des pionniers du photojournalisme et un extraordinaire photographe d’art. Entre 1933 où il réalise son premier photo-reportage en Espagne et 1970, où il pose son appareil pour se consacrer au dessin, il n’a cessé de se promener, partout, pour témoigner de la vie de ses contemporains.

Homme discret, passionné de peinture, il révolutionne la technique photographique en utilisant un appareil léger et au plus proche de l’oeil humain (Leica 50mm) et immortalise ainsi certains des plus grands événement du siècle passé. En 40 ans, HCB semble avoir été partout, toujours à un moment-clé. A la libération de Paris en 45 (il était alors dans la Résistance), en 54 quand Khrouchtchev laisse entrer des journalistes en URSS, en Inde quelques jours avant l’assassinat de Gandhi… et la liste est longue encore.
Portraitiste de génie, il offre des visions lumieuses de ceux qui croisent sa route. Qualifié -pour une fois à juste titre- de photographe “humaniste”, il fait ouvrir quelques années avant sa mort une Fondation qui présente son oeuvre et aide les artistes, notamment via le Prix HCB.

INDIA. Kashmir. Srinagar. 1948. Femmes musulmanes au sommet de Hari Parbal Hill, priant devant le lever de soleil sur l'Himalaya

…………………………

En quoi a-t-il révolutionné la photographie?

• L’innovation technique:

« Le leica peut être un gros baiser bien chaud, il peut être aussi un coup de révolver, ou encore le divan du psychanalyste »

Pensez: dans les années 1930, la photo cherche à capter un réel et les portraits posés foisonnent. Les appareils sont lourds. Cartier-Bresson, travaillant sans pied, sans chambre, au plus simple, à l’instinct, amène l’émotion au coeur du portrait et le hasard comme élément central de la composition. Spontané, intuitif et fait pour témoigner: c’est tout le processus photographique qu’il réinvente. De là, il trouve l’équilibre entre le photo-reportage, le photojournalisme, la photo-documentaire et la photo d’art.

• Photographe, peintre et géomètre:

« L’aventurier en moi se sentit obligé de témoigner, avec un instrument plus rapide que le pinceau des cicatrices de ce monde »

Quand HCB dit que pour lui “l’appareil photo est un carnet de croquis” ce n’est pas à la légère et c’est fondamental à sa démarche: il voulait être peintre. Il étudie avec le portraitiste Jacques-Emile Blanche, apprend la composition avec André Lhote et fréquente les cercles surréalistes. Ces trois facteurs seront fondamentaux dans son style photographique: la place de l’Homme dans l’image. Le cadrage. L’instinct (les surréalistes avaient recours à l’écriture automatique).

INDIA. Delhi. Birla House. 1948. GANDHI dictant un message, juste avant de rompre son jeûne

• Avec l’agence Magnum :

Pour « signifier » le monde, il faut se sentir impliqué dans ce que l’on découpe à travers le viseur.

Pour la première fois, des photographes s’unissent pour contrôler leurs choix de reportage, défendre leurs intérêts artistiques, politiques et économiques. 65 ans plus tars, l’agence Magnum reste la référence mondiale du photo-reportage. Présents dans tous les conflits, les plus grands noms de la photo, les images qui ont changé le cours de l’Histoire et alerté l’opinion, l’alliance d’une qualité esthétique sidérante et d’un engagement sans faille, Magnum a révolutionné la place de la photo dans le monde, et celles des photographes.

URSS. Ouzbekistan. Samarkand. 1972

…………………………

A quoi reconnaît-on une photo de Cartier-Bresson ?

On repère d’abord ses noirs et blancs tranchés, brillants et profonds. Il n’utilisait jamais de flash, qu’il craignait “comme la détonation d’un revolver au milieu d’un concert”.
On note qu’il y a quasiment toujours au moins une personne, même lointaine sur ses images (où à la limite, des animaux, mais alors dans des attitudes étrangement humaines).

Dans ses portaits (de célébrité aussi bien que de passants) le sujet n’est pas au centre, il s’inscrit dans un univers plus vaste. Il n’est l’objet unique de l’attention, mais un élément d’une composition. C’est ce qui les rend aussi superbes que touchants.  Il y a dans son oeil quelque chose du géomètre.
Ces compositions parfaites, ces géométries spatiales toutes en symétries et en lignes de fuite, c’est une des plus nettes caractéristiques du style Cartier-Bresson. Parfois c’est comme si plusieurs scènes cohabitaient ou se répondaient en miroir. Ses photos ne sont jamais recadrées (Jamais! et il se battait là-dessus avec les journaux qui ne l’écoutait pas forcément), jamais retouchées, jamais posées.

URSS. Estonie. Tallinn. 1973. Entraînement pour un concours de danse.

Les photos de Cartier-Bresson sont des témoignages, mais souvent un peu décalés. C’est le charme de l’instant volé, suspendu. Il déclanche au moment exact où le hasard place les diiférents éléments au bon endroit. Devant son objectif, c’est comme si le cosmos orchestrait les corps, les mouvements, la lumière pour qu’ils convergent, se répondent en un puzzle complexe.
Ses images sont un climax et pourtant elles semblent simples, humbles. Suspendues en l’air, elles laissent l’imagination du spectateur rêver à l’avant et l’après, tout en s’émerveillant que cet instant précis ait pu être imprimé sur pellicule.

C’est presque ce qu’il y a d’étrange chez Cartier-Bresson: même quand il photographie l’horreur, la mort, les foules, les catastrophes, son oeil parvient à déceler une beauté simple et pure, sans jugement, il témoigne de la composition et de la richesse du monde.

…………………………

Je veux faire comme lui. Je fais comment?

“Je marchais toute la journée l’esprit tendu, cherchant dans les rues à prendre sur le vif des photos comme des flagrants délits.”

Cet art de l’image volée, suspendue, parfaitement composée a un nom et HCB a eu l’amabilité de largement l’expliquer: c’est le concept de “l’instant décisif”, qu’il expose dans la préface son premier recueil paru en 1952, Images à la sauvette.

Photographier : c’est retenir son souffle quand toutes nos facultés convergent pour capter la réalité fuyante ; c’est alors que la saisie d’une image est une grande joie physique et intellectuelle.

Chercher, suivre ou attendre le sujet, voilà ce qu’il vous reste à faire.

Photographier : c’est dans un même instant et en une fraction de seconde reconnaître un fait et l’organisation rigoureuse de formes perçues visuellement qui expriment et signifient ce fait.

Attendre le mouvement, le “quelque chose” qui survient dans le cadre, se fier à son intuition…

Cette attitude exige de la concentration, de la sensibilité, un sens de la géométrie. C’est par une économie de moyens et surtout un oubli de soi-même que l’on arrive à la simplicité d’expression.

« S’il n’y a pas l’émotion, s’il n’y a pas un choc, si on ne réagit pas à la sensibilité, on ne doit pas prendre de photo. C’est la photo qui vous prend ! »

FRANCE. Paris. 6ème arrondissement. Rue des Grands Augustins. Pablo PICASSO chez lui. 1944

Quelques anecdotes pour briller en société

– Si “Cartier” est finalement devenu photographe et a abandonné sa carrière de peintre, c’est en partie grâce à la célèbre mécène et collectionneuse Gertrude Stein. En effet, le jeune Henri était venu lui présenté ses oeuvres à la fin des années 20. Elle le découragea de poursuivre dans cette voie. Et c’est ainsi qu’il parti en Afrique et réalisa ses premiers clichés.

– Une exposition posthume de Cartier-Bresson a eu lieu au MoMA… en 1947! prisonnier de guerre, on le croyait disparu. Il a finit par venir en personne superviser l’exposition.

– Passionné de cinéma, outre ses reportages sur l’Espagne en 37/38 et Le Retour sur les prisonniers de la Seconde Guerre Mondiale, HCB a été l’assistant de Jean Renoir entre 1936 et 39. Il joue même un petit rôle dans La Règle du jeu.

…………………………

Pour aller plus loin…

De passage à Paris, commencez par aller visiter la Fondation HCB.
Ensuite un immense choix d’ouvrages s’offre à vous. Débutez par Images à la sauvette (1952) et sa célèbre préface, puis passez aux biographies, notamment celle de Pierre Assouline L’oeil du siècle et celle de Clément Chéroux Tir photographique (chez Gallimard).
Puis offrez-vous le magnifique coffret DVD (MK2) qui contient cinq documentaires réalisés par HCB ainsi que des analyses de son oeuvre.
Et si vous passez à Cherbourg d’ici au 2 septembre, l’exposition Henri Cartier-Bresson/Paul Strand, Mexique 1932-134 vous attend au Point du Jour.

Maintenant à vous de jouer: nous attendons vos photos inspirées de son oeuvre!

Mexico, 1963

…………………………

+ le site de la Fondation Henri-Cartier-Bresson
+ le site de l’agence Magnum

sources: Wikipedia, Photogénique, The New Yorker, studio-plus.fr

Les photos de cet article proviennent du site de l’agence Magnum.

commentaires

Ajouter le vôtre
Il y a 1 an et 10 mois

Une rectification sur votre article : effectivement HCB n’était pas adepte du recadrage , mais on ne peut pas dire qu’il n’a jamais recadré .
La photo  » derrière la Gare St Lazare  » est l’exemple type ; c’est une photo recadrée ( voir le livre de John Loengard « celebrating the négative »)

Il y a 6 ans et 12 mois

Bravo pour cet (ces) article(s), c’est très agréable à lire, très intéressant!

[…] Révisons nos classiques :… […]

Il y a 7 ans et 3 mois

Excellente idée, et tellement bien réalisée
Des rappels bien nécessaires
Merci !

Laissez un commentaire

Laissez un commentaire

Devenir Lenser