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Plossu – L’Album de travail

Interviewer Bernard Plossu c’est partir pour une discussion à bâtons rompus sans fil rouge apparent, où les réponses viennent en léger décalé. Il nous a reçu chez son éditrice Juliette Gourlat, aux éditions Marval-RueVisconti. Il y publie L’Album de travail, une sorte de fac simile du cahier de travail du photographe, le seul qu’il ait confectionné de cette manière. C’est l’occasion de revenir sur les 50 années qui viennent de s’écouler, avec toujours en référence, Françoise Nuñez, sa compagne également photographe, disparue brutalement …  Un ouvrage, finalement, beaucoup plus nostalgique qu’il y paraît. (Photo d’ouverture : © Bernard Plossu)

Comment est née l’idée de ce livre ?

C’est autobiographique…, j’ai commencé en 1975, quand je suis rentré d’Afrique. J’ai découpé les photos qu’éventuellement j’allais tirer. Eventuellement seulement ! Puis, j’y ai pris goût. L’album a commencé par le Niger… le Sénégal… l’Egypte, puis le Maroc. Après, j’ai commencé à faire des séries thématiques, comme le vent, Paris… il y en a beaucoup de Paris.

C’est de cet album dont vous avez tiré Paris Plossu publié ici même ?

Pas tout ! Il n’y a pas les couleurs ! (Il feuillète) Les cinémas américains… on passe du coq à l’âne dans ce livre… Françoise, Port-Cros, Le Nord, Paris… L’Espagne… il n’y a que ça ? Mais en fait, j’en ai 20 boîtes… 2000 photos. Je suis invité à Photo España et ils sortent un gros livre sur mes photos de Madrid… j’y ai passé de longues années à Madrid. J’y allais tout le temps, tout le temps…

© Plossu
Quand vous revoyez vos photos réunies comme ça dans le livre, y a-t-il une série qui se démarque pour vous ? ou sont-elles toutes égales à votre cœur, à votre esprit ?

Non, il n’y en a pas. Ce qu’il y a, ce sont des photos qui n’ont jamais été publiées et qui ont été montrées chez agnès b. (Les Années américaines, La Galerie du jour, du 24 mars au 28 mai 2023), parce qu’en fait, je n’avais pas les négatifs. C’est, Shane, mon fils américain qui me les a ramenés. Dans ce livre, il y en a une page sur lui, mais j’ai beaucoup plus de photos de lui… beaucoup, beaucoup plus… (il feuillète) Shane, deux pages… Ah là, c’est intéressant : Haight-Ashbury San Francisco en 1966… Joan Baez, Ginsberg… puis… retour au Mexique… Le seul nu, c’est Michèle… elle m’a autorisé ! (Souvenirs, folioté 45)… Ça, c’est une page Grand-Angle (folioté 41)… tout ce que j’aurais aimé brûler pratiquement… Je déteste le grand angulaire… ça rajoute un drame que je ne veux surtout pas dans mes photos. Koudelka le fait bien, Klein le fait vulgairement… mais ce n’est pas moi… là, ce grand-angle, ce n’est pas moi… ça dramatise les choses, ça élargit les choses… Mais avec Koudelka, ça marche, car il était photographe de théâtre, donc il a ce sens du théâtre… c’est comme tous les Américains… Friedlander, c’est pareil… ils ont fait du grand-angle. Moi, non, je n’y arrive pas…

Que s’est-il passé avec la page Andalousie… il n’y a plus rien, les contacts ont disparu ?

En fait, j’avais tellement d’images que j’ai fait un autre album. J’en ai enlevées et j’en ai mis plein d’autres. Et puis, il y a Françoise en Andalousie… Mais ça, c’est encore autre chose… et puis, il y a les enfants… Et l’instamatic en Andalousie… mais il manque beaucoup de choses… Il n’y a pas toute ma vie, là. Il manque beaucoup de choses…

© Plossu
Vous n’avez fait qu’un seul album de travail de ce genre, pourquoi avoir changé votre façon de classer vos photos…

Il n’y a ni la Grèce, ni le Portugal… en Italie, il n’y a que Rome… alors que j’ai des milliers d’autres photos…

C’est un outil dont vous vous êtes servi au fur et à mesure ?

C’est venu par hasard… de regrouper les séries… l’Espagne aussi, j’en ai beaucoup plus.

Pourquoi avez-vous changé votre façon de classer ?

Je ne sais pas… je ne sais pas pourquoi… Je n’aurai pas dû ! J’aurai dû continuer… En rentrant en Europe, j’ai fait tellement de photos… on a déménagé, on est parti en Espagne, on est revenu… j’aurai dû le faire… bon, c’est le volume 1. Le 2 ne sera jamais fait. Je fais d’autre chose… j’écris beaucoup de notes… C’est dans des enveloppes… de temps en temps, je prends l’enveloppe et il sort un millier de petits bouts de papiers. Et en fait, ça fait une jolie sculpture. Est-ce que vous connaissez le livre 36 vues (paru chez Poetry Wanted, NDLR) ?

Non, je ne crois pas…

C’est un tout petit bouquin à 12 €, c’est un jeune éditeur qui fait de la pub pour gagner sa vie. Il a lancé cette collection en choisissant 36 photos et on écrit l’histoire de la photo. La première édition, on l’a vendue en un mois… boom et il est déjà réimprimé ! Il y a 36 images : Inde, Istamboul, le Mexique, la Bourgogne… dans lesquelles je raconte 36 anecdotes sur l’image.  C’est paru en décembre dernier… Comme il est à 12 €, on a tout vendu. 12 €, c’est un bon prix. Et là, il est déjà réédité et tout… Et ça, pendant le Covid, et avant la disparition de Françoise, j’ai écrit 150 textes. J’étais dans le train une fois… j’ai eu une journée souvenir… le train était long…

Où alliez-vous ?

J’ai toujours écrit des papiers sur moi et là sur une page, j’ai écrit beaucoup de souvenirs, en 3 mots « tel jour, tel truc, etc. » et ça je les ai écrits après, pendant le confinement.

© Plossu
C’est un projet ?

Là en revanche, je ne fais pas de photos, je n’y arrive pas. Ça ne m’intéresse pas. Je les vois, mais bon… Faut dire que j’ai tellement d’archives… je pourrai faire cinquante livres. J’ai des enfants, donc je garde tout ça pour eux… mais je n’aurais pas d’enfant, je donnerai les négatifs américains en Amérique, les italiens en Italie, les grecs en Grèce. Je donnerai tout… Donc, oui, l’idée de l’album lui-même, c’est en fait une idée technique, c’était vraiment quand je cherche une photo… de la trouver tout de suite… parce que F89-116-19… paf. Lorsque je cherche une photo, je me plonge là-dedans…

Cette suite de chiffres, c’est votre nomenclature ?

F74, c’est l’année, 56 c’est le film, 15A c’est la vue, et Californie, c’est la page, le pays ou le thème. Il n’y a pas toujours les dates, mais moi je les connais les dates… (il feuillète) là, je connais les dates… il y en six fois plus… Pour Barcelone, j’en ai beaucoup plus… là, c’est tout 1974… je ne l’ai pas marqué… mais enfin je le sais. Voilà… là, pareil j’en ai plus… celle-là, elle est de 87… C’est une manière de retrouver les dates pour chercher une photo d’archive… En fait, ce n’est pas un album philosophique, c’est un album technique. Complètement.

C’est un outil de travail, L’Album de travail est le titre…

Oui ! Mais c’est un mot que je n’aime pas, travail parce que ce n’est pas vraiment ça. Quand je fais une photo, je ne travaille pas vraiment. Mais oui, le mot travail, on peut l’utiliser ici… Je sais que les artistes disent « mon travail »… bon ; là je l’ai fait… ce n’est pas ce que je ressens. Je n’ai pas l’impression de travailler. Sauf quand je fais la comptabilité, là je travaille… mais pas quand je fais des photos… Je m’éclate ! Le travail, ça donne une notion de contrainte et là, il n’y a pas de contrainte. Au contraire, c’est en roue libre…

Même quand vous travaillez à un livre, vous ne vous sentez pas contraint ?

Est-ce que c’est du travail ? Non, faire un livre, ce n’est pas du travail non plus, car il y a le plaisir de la maquette et tout.

© Plossu
En tout cas, vous êtes très prolixe en livres ! Vous publiez beaucoup !

Ah oui, alors il y a une chose qui m’a rendu prolixe, c’est que Françoise tirait mes photos… et d’ailleurs, plusieurs livres vont sortir et j’ai décidé de mettre son nom en couverture et non pas au dos. Le gros livre sur les îles italiennes, elle a fait tous les tirages… 400 tirages… il y aura son nom en couverture : « photo par », « tirage par »… je veux rétablir un peu… aucun photographe ne l’a fait. Moi, je suis le premier à l’avoir fait… à la manière des tirages Fresson… En gros, pas en 4e de couverture, hein ?!. Et Françoise a tellement tiré de séries… Les séries qu’elle a complètement tirées, je mettrais son nom. C’est un peu comme Raoul Coutard… Godard et Truffaut… sans Coutard, Godard et Truffaut, c’est Cocorico… Le tireur n’a pas la place qu’il mérite. Dans mon cas, Françoise a tiré presque la moitié de ce que j’ai fait… Et là, je prépare un livre sur elle et ça compte.

Vous préparez des ouvrages avec ses propres photos ?

Il y a deux livres en préparation avec ses photos, un de ses dessins en Syrie. Et Patrick Le Bescont de Filigranne, me propose de publier les photos que j’ai faites de Françoise… Mais c’est compliqué ; d’abord, parce que je n’arrive pas à les regarder… Bon, je pense qu’avec lui, j’arriverai à le faire… Il faut que je le fasse, j’ai besoin de le faire. Les enfants veulent que je les fasse… C’est important. Et là, on prépare si possible une grosse monographie, un gros livre. Donc là, on va faire un formulaire de souscription…Et je pense qu’on y arrivera car il y a eu un grand mouvement de sympathie à l’égard du couple même… Il y a un truc qui s’est passé… il y a plein de gens qui ont eu du chagrin…

© Plossu
Avez-vous redécouvert des photos en travaillant sur ce livre ?

Sur celui-là, non… mais sur ce que m’a rapporté Shane, mon fils américain… les photos américaines, j’en ai trouvées plus de trois cents ! Je les avais complètement oubliées… comme un portrait de John Cage. J’avais oublié que je l’avais rencontré… c’est marrant… mais ce livre-ci, ce n’est pas un livre de poésie, c’est un livre de travail.

Combien de temps de l’idée du projet à la réalisation ?

Juliette – Il a fallu deux ans de gestation… Bernard m’a dit « Je vais te montrer un truc » et en le feuilletant j’ai pensé «  C’est passionnant ! Il faut en faire un fac simile ». Donc, au départ, nous étions partis sur l’idée de faire un fac simile, relié avec la même spirale que l’original, édité à peu d’exemplaires… très bien imprimé, avec des vernis sélectifs.… et puis Bernard a dit « Non, il faut que tout le monde puisse se l’acheter… faut pas que ce soit un truc à 350 €, ça n’a pas d’intérêt… j’ai envie que ce soit un livre vraiment accessible… » Bon 48 €, ce n’est pas non plus bon marché… Nous en avons tiré 1000 exemplaires seulement.

Ce n’est pas un fac simile mais, le seul ajout, c’est le court texte de Bernard en introduction.

Juliette – Oui, on a souhaité privilégier l’objet tel qu’il était.

Bernard – ce qui est passionnant, c’est de voir que dans des thèmes qui sont pas mal sortis, il y a beaucoup de photos qui n’ont jamais été montrées.

 

Plus d’informations 
L’Album de travail
Editions : Marval – Rue Visconti
200 pages
22,8 x 1,6 x 30.5 cm / isbn : 978-2862344775
48 €

Galerie – Librairie – Maison d’édition
Mouvements – Rue de Visconti
4, rue de Rocroy – 75010 Paris

 

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Il y a 11 mois

[…] Plossu, que je cite assez souvent, sort un nouveau bouquin. Des photos du coq à l’âne dit-il lui-même dans un entretien pour Lense. […]

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